SHERIDAN (R. B.)


SHERIDAN (R. B.)
SHERIDAN (R. B.)

La vie et l’œuvre de Sheridan se partagent entre le théâtre et la politique. Jouet d’une oligarchie puissante, qui se servait de son éloquence, il n’a pas réussi vraiment sa carrière politique bien qu’ayant écrit quelques-uns des meilleurs discours de l’histoire parlementaire britannique. Son œuvre théâtrale demeure pétillante d’esprit, trépidante de vie et de gaieté. Ses comédies narquoises reflètent surtout l’attitude profonde de Sheridan, humoriste qui ne semblait pas prendre la vie au sérieux, peut-être parce qu’il mettait très haut les valeurs fondamentales.

Un personnage énigmatique

Né à Dublin, fils de Thomas Sheridan, homme de théâtre irlandais, et de Frances Sheridan, romancière réputée, Richard Brinsley Sheridan reçoit une bonne éducation à Harrow. Un mariage romanesque, avec enlèvement et duel, l’oblige à se tourner vers le théâtre pour gagner sa vie et lui inspire sa première comédie, The Rivals (1775). Profondément remaniée après un semi-échec, elle finit par s’imposer. Sheridan est lancé et donne la même année une farce, St. Patrick’s Day , et un opéra-comique, La Duègne (The Duenna ), également très réussis. Grâce à d’habiles arrangements financiers, Sheridan rachète à Garrick sa part de Drury Lane, qui va devenir son théâtre et son gagne-pain. En 1777, il fera représenter un des chefs-d’œuvre de la comédie anglaise, L’École de la médisance (The School for Scandal ), avec une distribution étincelante, puis en 1779 une farce, The Critic , qui reste une des meilleures satires de l’illusion théâtrale. Dès 1780, Sheridan se désintéresse du théâtre, dans lequel il ne voit plus qu’un moyen de financer sa vie politique, qui désormais l’accapare. Il reconstruit Drury Lane en 1794, y donnera Pizarro , tragédie à la mode du Sturm und Drang. Ruiné par un incendie en 1809 et pressé de dettes, il cède ses parts.

Sa carrière politique se poursuit avec des succès et des revers, car il s’est lié au parti whig et s’est fait le fidèle partisan du prince de Galles.

Sa fin aurait pu être lamentable: ivrogne accablé de dettes, ayant perdu son théâtre, remarié avec une femme qui ne l’aime guère, éloigné de la vie politique, il meurt à Londres presque isolé. Pourtant il n’a pas été oublié; discrètement, le prince et ses amis whigs lui sont venus en aide. Ils assistent à son enterrement qui fut grandiose, et qui eut lieu à Westminster.

La personnalité de Sheridan est quelque peu énigmatique. Personnage léger et fantasque, il ne se laisse pas saisir ni enfermer en quelques formules. Il y a une tragédie dans la vie de cet homme de salon recherché pour son esprit et de ce grand auteur whig. Enfant de la balle, il était dévoré d’ambition. Il avait choisi de fréquenter les milieux aristocratiques en brillant par sa verve et en mettant son talent au service d’un parti: c’était un pari qu’il n’a que partiellement gagné, car il s’est toujours senti étranger dans ce monde qui n’était pas le sien et pour lequel il délaissait son théâtre. Il a souffert de cette situation; toutefois, il avait assez d’humour pour se juger lui-même et ne rien laisser paraître de ses déceptions.

La postérité a presque oublié son rôle politique. Pendant vingt-six ans député de Stafford, il se fera remarquer plus par son éloquence que par son génie politique. Il n’occupera qu’un poste secondaire dans le «ministère de tous les talents» en 1806. Il se fait un nom en 1787 en participant à l’accusation lors du procès de Warren Hastings; son discours est un morceau d’anthologie. On le trouve ensuite, ardent défenseur de la liberté, au côté des catholiques, des Irlandais et même des révolutionnaires français. Mais, et c’est l’aspect paradoxal de l’homme, il se compromet en même temps dans de louches machinations pour défendre les intérêts du futur George IV, de qui il ne recueillera qu’ingratitude.

L’ambiguïté d’une œuvre

Bien qu’étant l’auteur de la meilleure comédie, du meilleur opéra et de la meilleure farce du XVIIIe siècle anglais, Sheridan n’a pas vraiment réussi sa carrière d’homme de théâtre. Pourtant il aimait son métier qu’il possédait parfaitement. Ses pièces étaient écrites pour sa troupe, ce qui explique la perfection de L’École de la médisance. Quoique par ailleurs fort négligent en tant que directeur, il met en scène lui-même avec minutie. Des Rivaux au Critique sa sûreté s’affirme. Les comédies de Sheridan sont dans la tradition de la comédie de mœurs, comedy of manners , héritée de la Restauration. En 1775, diverses influences, et surtout le sentimentalisme, avaient transformé l’atmosphère désinvolte et libertine de 1660; le théâtre produisait surtout des pièces édifiantes et larmoyantes (sentimental comedies ). Sheridan renoue avec la comédie gaie sans oublier complètement les leçons du sentimentalisme.

Ses comédies sont enlevées, leur rythme rapide est bien celui de la vie de ces jeunes écervelés, un peu étourdis, mais garçons de cœur, qu’il aime mettre à la scène. Ces grands rôles mènent le jeu à une allure endiablée qui entraîne l’adhésion du public.

Si l’on y regarde de près, l’attitude de Sheridan demeure ambiguë. Du point de vue moral, s’il a le goût de l’insouciance et d’une certaine légèreté, Sheridan ne repousse pas les vertus du cœur: il dénonce l’hypocrisie et s’attendrit volontiers sur la générosité et la bonté. Du point de vue littéraire, cet auteur qui dans Le Critique s’est abondamment moqué de l’artifice théâtral, de l’emphase et de la fausse éloquence, surtout dans la tragédie, a introduit en Angleterre, en tant que directeur, les tragédies romantiques allemandes de Lessing et Kotzebue; ce défenseur de la vraie comédie a cédé à la vogue des arlequinades et de la farce, pour le plus grand plaisir de son public, a permis la résurrection de la comédie et, pour flatter ce même public, a peut-être favorisé une certaine décadence du théâtre anglais.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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